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mardi 26 janvier 2010

La puissance et la gloire

Ce livre écrit en 1940 est le premier grand succès de Graham Greene, celui qui le rendit célèbre et lui vaudra d'être catalogué comme écrivain catholique. Cependant si le thème de ce roman est bien celui de la foi et de la religion, c'est essentiellement la foi prise par l'aspect du doute et du péché qui est en exergue (comme dans la plupart de ses romans en fait). Le titre est tiré des rubriques de la messe, après le Notre Père : "Car c'est à Toi qu'appartiennent l'honneur la puissance, et la gloire, ..".

L'histoire se déroule vers 1930 au Mexique, les révolutionnaires communistes pourchassent et fusillent les prêtres qui refusent de renier leur foi. Un prêtre clandestin, le dernier en activité, est poursuivi par un lieutenant communiste convaincu.
Ce prêtre pourchassé est un héros contre son gré, alcoolique par couardise, père indigne suite à une faiblesse liée à la peur de la solitude. Mais la pauvreté, la précarité et le danger changent sa perspective sur la religion.

Graham Greene est un formidable conteur et ses romans sont passionnants, celui-ci ne fait pas exception même si le récit est parfois un peu confus (ou est-ce la traduction ?). D'une manière très habile, l'auteur entremêle l'histoire principale avec une histoire édifiante à l'eau de rose qu'une mère pieuse raconte à ses enfants, ce qui donne un relief différent à l'ensemble. Il y a des personnages secondaires étonnants qui apparaissent en filigrane de l'histoire et qui s'interrogent à leur tour sur la vie suite aux évènements du livre. Tout cela donne une force particulière.

Mais en plus d'une formidable histoire le livre est une réflexion puissante sur la foi, sur le péché (qui est l'orgueil), sur l'amour de Dieu pour les hommes et l'amour humain. Ce prêtre indigne, qui se vautrait dans la suffisance et la piété convenue, se révèle proche de le Sainteté lorsqu'il côtoie la misère profonde et le désespoir. Ce qui me fascine aussi dans ce roman c'est la foi de charbonnier des paysans (une foi superstitieuse mais qui fait vivre), le respect immense du prêtre pour le mystère de la présence réelle lors de l'Eucharistie, l'importance de l'acte de contrition et de l'absolution.
On voit bien aussi que Graham Greene avait une sympathie pour le communisme, le lieutenant est un brave homme convaincu par sa mission. D'ailleurs certains critiques communistes ont pu voir dans son œuvre une critique de l'Eglise et une justification du communisme.
En tout cas on voit très bien que l'Eglise et le communisme, en tant qu'institutions, ne diffèrent pas dans leur ambition de faire le bien du peuple ni dans l'exploitation du peuple qui va de pair avec cette ambition.


lundi 4 janvier 2010

Voeux du Président

Chers Confrères,

Recevez mes meilleurs voeux pour 2010, en espérant que nous pourrons continuer à développer cette association avec votre soutien et votre aide.

Nous attendons toujours la désignation d'un accompagnant spirituel pour la Confrérie et vais relancer l'Evêché en ce sens. Je ne manquerai de vous tenir informés.

Si cela était possible, nous devrions essayer de nous rencontrer pour préparer (déjà !) la semaine Sainte (début avril) car le temps passe très vite et il ya pas mal de choses encore à régler.

Je vous remercie de faire circuler ce message à ceux et celles dont je n'ai pas l'adresse électronique.

Bien à vous,

François

mercredi 24 juin 2009

Le projet XL6-6 AVENTURA

Le projet XL6-6 AVENTURA est celui qui cotoye les Cieux.


POURQUOI CE NOM XL6-6 AVENTURA ?

il suffit de le lire à voix haute:
excelsis (ça fait jeune non? si quoi)
-6 pour faire 66, non pas le chiffre de la petite bete qui monte qui monte mais celui du departement des Pyrénées Orientales.(top délire)
AVENTURA soit la traduction de aventure. Trop fort.

C'est donc la montée des gens du 66 vers les cieux. Plus precisemment c'est la venue (adventus) l'apparition providentielle des gens du 66 aux cieux.

Et lorsque je parle des cieux, je veux dire à la fois de la ligne de cretes en haut des montagnes et de l'état de béatitude de ceux qui ayant fini leur cheminement sur la terre n'ont plus que le ciel à gravir.

Ultreia! toujours plus loin mais non pas dans l'horizontalité mais plutot dans la verticalité.
Nous partons, géants nouveaux, à l'assaut du Ciel. Histoire de faire trembler le paradis.

Qui veut en etre?


EN QUOI CONSISTE LE PROJET XL6-6 AVENTURA ?

Réponse (à apprendre par coeur):
Le projet XL6-6 AVENTURA consiste à:
rendre à l'homme l'unité de vie sans laquelle il dépérit
constater que les constructions romanes s'inscrivent dans cette unité
vérifier par la proximité rendue possible par l'effort que tout construit:
s'inscrit dans un environnement
se développe dans une culture
trouve son sens dans la vertu de religion

affirmer que le fait religieux est aussi un facteur économique.


COMMENT SE MET EN OEUVRE LE PROJET XL6-6 AVENTURA?

Essentiellement par des randonnées spirituelles. Celles-ci veulent allier la découverte historique et cultutrelle d'un haut lieu de l'art roman en replaçant les pierres dans la vie des hommes qui les ont taillées au milieu d'une nature preservée afin d'en découvrir le sens profond.

THE projet a donc une triple dimension:
écologique: prendre soin de la nature base de l'alimentation des hommes
culturelle: qui étaient les hommes qui ont réalisé ces chefs d'oeuvre
spirituelle: quelle est la foi qui donne sens à ces edifices

THE projet a une méthode: la marche. Car l'effort (doux et raisonnable) rend proche de la nature traversée, des batiments rencontrés (que l'on a le temps de voir ), et de ses propres limites (ah c'est haut! je vais pas y arriver) et de Celui qui permet de les dépasser. C'est lorsque je suis faible que Dieu peut se montrer fort.


QUELLE EST LA DIMENSION SPIRITUELLE DU PROJET XL6-6 AVENTURA?

Il s'agit simplement de voir Dieu.
Le but peut paraitre bien ambitieux mais personnellement je n'en connais pas d'autre qui vaille la peine...de peiner.
S'il y a une chose à faire au moins une fois dans sa vie, c'est bien celle-ci : voir Dieu face à face.
Et le reste après...à la grâce de Dieu.

Comment faire?
Tres simplement en ne faisant rien. Comme on dit chez certains frères, il faut que le dormeur s'éveille. Frère Jacques dort il? et bien qu'il laisse Celui qui est en lui ouvrir la porte qui est en dedans.
En fait il s'agit de se rendre disponible au regard d'amour du Christ, attentif au sourire de la Vierge, émerveillé par le Verbe et l'Esprit de Celui qui est, là maintenant autour de moi et en moi, qui était fa temps et pour lequel les hommes ont temoigné de leur foi en construisant les chefs d'oeuvre romans et qui vient....
Source de vie, de paix, d’amour,
Vers toi je crie, la nuit, le jour !
Guide mon âme, sois mon soutien,
Remplis ma vie, toi mon seul bien

Bref il faut se laisser agir par Dieu. Reconnaitre ce que l'on est, admettre sa faute, accepter le salut et se laisser convertir. Ouvrir les yeux quoi.


QUELLE EST LA DIMENSION ECONOMIQUE DU PROJET?

Faire visiter des monuments ou des sites remarquables, voila vingt ans que je le fais.
Organiser des aplecs dans l'arriere pays, rencontre avec les habitants autour de l'Eucharistie et visite d'un patrimoine remarquable, j'ai initié cela du temps de l'abbé Clavaguera et cela s'est poursuivi avec l'abbé Savioz.
Il est temps de passer à autre chose: un projet global qui apprehende la valorisation du tourisme de randonnée dans les territoires ruraux. Le projet d'nnovation en milieu rural s'inscrit dans le cadre du programme européen Leader II. Il développe les enjeux d'une mise en tourisme d'un patrimoine spécifique.
Le projet est donc à la fois une mise en valeur d'un patrimoine dédié (ici les chapelles de Serrabone, Boule d'Amont, La Trinité) et d'un territoire.
Le but de l'association n'est pas de gagner de l'argent, mais il est fondamental que le projet seduise et soit porté par une structure commerciale de tourisme. L'inscription au catalogue d'un office du tourisme serait la demonstration que le fait religieux s'inscrit pleinement dans la société humaine.

QUEL EST L'ENJEU PARTICULIER DU PROJET? le tourisme spiritualiste.

Le tourisme religieux s'est developpé. Rare sont les abbayes refusant de recevoir du public, soit à l'occasion de visites du monument soit à l'occasion de retraites.
La fréquentation d'un edifice religieux se fait au travers d'une activité religieuse.
Ce tourisme religieux qui a succedé au tourisme culturel devient obsolète.
En ces temps de déclin du consumérisme, ne se dirige t on pas vers un tourisme propice au voyage vers l'etre intérieur, un tourisme spirituel, qui permettrait lors de moments privilégiés de pallier le manque de sens apparent de la vie contemporaine? A cette question posée par Pascale MOTTURA (au seuil du troisieme millénaire, vers un tourisme spiritualiste? in le tourisme religieux, les cahiers Espace n°30 mars 1993) nous voulons répondre positivement.
Il est clair qu'une nouvelle approche du sacré se dessine (il serait trop long ici d'expliquer cela, un article dédié fera le tour de la question) et le tourisme n'échappe pas au phénomène.
Disons simplement ici qu'il est léger de penser que le discours tourisme/pélerinage est homologue: demarche, quitter le chez soi, sacralisation de l'espace, puissance accordée à certains lieux, aspects rituels, déplacement vers des sites dans un soucis thérapeutique ou de régénération.

Contrairement au tourisme habituel qui apprehende l'édifice religieux sous le seul angle architectural, nous voulons replacer le construit dans toutes ses dimensions, concevoir le monastère à ciel ouvert qui n'est plus un espace clos et séparé mais un espace de relations et d'interactions. Et la marche doit faire ce lien entre toutes les composantes de l'interaction.



LE PROJET XL6-6 AVENTURA COMMENCE QUAND ?

Des que vous aurez fini de lire ces lignes.
Tous les samedis de cet été 2009 (sauf le 15 aout) la confrérie St François de Paule organise une randonnée spirituelle au départ de Serrabone vers la Trinité via Boule d'Amont.

9h00 départ de Canet en bus
10h00 visite de Serrabone
11h00 cap al cel! c'est parti pour les cretes. L'effort physique de la journée.
12h00 pause déjeuner (l'homme ne vit pas que de pain mais de toute parole sortie de la bouche du seigneur)
12h45 fin de la sieste. En route.
14h45 arrivée à Boule d'Amont. Ouf, j'ai failli avoir chaud.
15h00 fin de la visite. En marche.
16h00 arrivée à la Trinité. Deo gratias. C'est normal ces cloques sur les pieds? Visite de la chapelle et du château (faut voir si on n'est pas trop fatigué, hein?)
17h00 départ pour Canet en bus (le bon somme quoi)
18h15 arrivée Canet et plouf dans la grande bleue.
Parfois certains vont à la messe, mais bon il faut pas pousser le bouchon trop loin.


COMMENT S'INSCRIT ON A CETTE RANDONNEE SPIRITUELLE ?

en contactant l'office du tourisme de Canet (qui commercialise le produit randonnée spirituelle)
www.ot-canet.fr

et si j'ai des questions?
1) en lisant la foire aux questions
2) en ecrivant à francois.paule@laposte.net (et priez pour une réponse rapide)





vendredi 29 mai 2009

Les fetes de la Saint Jacques 2009 à Canet

Calendrier  des festivites de la St Jacques 2009.

Vendredi 17 juillet.
Exposition de photos dans l'église ND des Flots avec publicité pour les trois jours de fete.
Conférence à 18h00 au théatre Jean Piat organisée en commun par les associations: 
confrérie Saint François de Paule
Amis du Vieux Canet
Geoffroy de Beaulieu

Le thème: Dionysos, dieu de la civilisation ou dieu du désordre?
Entrée libre avec libre participation aux frais.

Vendredi 24 juillet
17h30 procession depuis la plage (ND Flots, Port) vers le village
Il s'agit d'une procession solennelle, avec croix, bannières et statues.
Organisation assurée par la confrérie (sauf le probleme de la responsabilité/ assurances)
Il faut donc des à présent s'y preparer!

18h45 arrivée à l'eglise St Jacques pour une "causerie" de Robert Saut. Pensez à faire la quete pour la confrérie.

19h30 apéritif offert par la paroisse. La quete pour la confrérie.

Tout le monde au lit! et bonne nuit.


Samedi 25 juillet
Toute la journée: kermesse paroissiale autour de l'église

Pour ceux qui ne sont pas des pèlerins de salon: marche spirituelle et culturelle. La seule activité spi du jour.
Thème : de l'Apocalypse à la Trinité. Depart 9h00 retour 17h00

10h00-12h00: visites du chateau par les AVC

16h00-20h00 animation pour les enfants Place Cassanyes. Quete pour la confrérie.

18h00 folklore: sardanes.

20h00: grillade

21h00 soiree Ekinox.


Dimanche 26 juillet

9h30 procession de l'église St Jacques vers les chateau.
organisation confrérie ST François de Paule. Courage, il faut que ce soit superbe! Au boulot.

10h00 messe

11h00 séance photos avec les geants sur la place et sardanes. Pensez à la quete pour la confrérie.

11h30 apéritif (enfin...) offert par la municipalité. toujours la quete pour la confrérie.

rien toute l'apres midi (télé, plage...)

21h00 loto au profit des commerçants du village.


Faisons les comptes:
activites profanes: 14 heures
activités sacrées: 2 heures 3/4 plus 8 heures de marche spi (heureusement que nous l'avons!!!) = 10h3/4

Quand je vous dis que nous devons tout faire pour que la confrérie ne soit pas un comité des fetes.

Que chacun reflechisse à son role dans ces jours de fete.




Sainte Philomène

En 1961, suite à un décret émis par la Sacrée Congrégation des Rites, Sainte Philomène, Vierge et Martyre, se voit rayée de tous les calendriers liturgiques de l'Eglise Universelle. Qui est donc Sainte Philomène, et pourquoi cette suppression ?

C'est en effectuant des fouilles dans la catacombe de Priscillia à Rome le 25 mai 1802, qu'on fit la découverte de sa tombe. Trois blocs portaient l'inscription suivante en plomb rouge : "LUMENA PAXTE CUM FI", entourés par des caractères symboliques chrétiens : une palme, trois flèches, une fleur et une ancre. En modifiant l'ordre des blocs, on obtenait : "PAXTE CUM FILUMENA", soit : "La Paix soit avec toi, Philomène", ce dernier nom signifiant "Bien aimée" (du grec Phileo : aimer), ou d'après la racine latine "Fille de la lumière" (Filia luminis).
Derrière la cloison, on découvrit les ossements qu'on identifia comme étant ceux d'une jeune fille de 13 à 15 ans. Les archéologues découvrirent également, noyée dans le ciment, une petite fiole de sang à demi brisée, petit vase habituellement joint par les premiers chrétiens aux tombes des martyrs.
Philomène, jeune martyre des premiers siècles de l'ère chrétienne, était né.

Depuis, l'archéologie a conclu de façon certaine que ces ampoules dans les tombes n'indiquaient pas nécessairement le martyre, et que les sacristains du IV° siècle avaient la coutume de modifier l'ordre des pierres tombales anciennes, pour signifier que le sépulcre avait été réemployé pour une autre personne.

Sainte Philomène, vierge et martyre du 1° ou 2° siècle, n'aurait-elle donc jamais existé ?

Que penser alors de tous ces miracles liés à ses reliques, dont la guérison de Pauline Jaricot n'est pas des moindres ?

Que penser de l'attachement du curé d'Ars pour cette petite Sainte, si chère à son cœur ?

Que penser des révélations dont aurait été gratifiée en août 1833 Mère Maria Luisa de Jésus, religieuse italienne, sur la vie de Sainte Philomène (révélations qui reçurent l'Imprimatur du Saint Office le 21 décembre de la même année) ?

Il est certain que tous ceux qui se sont confiés à son intercession n'ont jamais été déçus. Nous n'essayerons pas de détailler sa vie, qui restera sans doute - et n'est-ce pas voulu par cette humble petite Sainte ? - un mystère. Nous n'exposerons ici que l'histoire de la découverte de ses reliques, et l'extraordinaire expansion d'un culte qui se répandit en l'espace de quelques années dans le monde entier.


Réponses à quelques questions…

Pourquoi ne trouve-t-on plus Sainte Philomène sur nos calendriers ?
Sa fête avait été fixée au 11 août.
En 1961, la Sacrée Congrégation des Rites a rayé cette fête du calendrier, supprimant ainsi l'Office propre avec Messe décrété le 11 janvier 1855 par le Pape Pie IX. Comme pour tous les autres Saints martyrs, on peut toujours vénérer Sainte Philomène par une Messe pour le Commun des Martyrs en tout lieu où il existe une dévotion à la Sainte.

Sa sainteté n'est-elle plus reconnue ?
Lorsqu'une personne a été déclarée Sainte, il n'est plus possible pour l'Eglise de lui retirer cette qualité. Le 13 janvier 1837, le Pape Grégoire XVI avait élevé la petite Philomène aux honneurs de l'autel, et confirmé le rescrit de la Congrégation des Rites par un décret solennel. Elle est donc bien Sainte pour l'éternité.

A-t-elle été retirée du Martyrologe romain ?
Sainte Philomène n'a jamais figuré au Martyrologe romain, qui est une liste de Saints martyrs et non la liste de tous les Saints.


" Ah ! Sainte Philomène ! Je suis bien attristé par ce que l'on écrit à son sujet. Est-ce possible de voir de telles choses ? Comment ne voient-ils pas que le grand argument en faveur du culte de Sainte Philomène, c'est le Curé d'Ars ? Par elle, en son nom, au moyen de son intercession, il a obtenu d'innombrables grâces, de continuels prodiges. Sa dévotion envers elle était bien connue de tous, il la recommandait sans cesse. On lut ce nom Filumena sur sa tombe. Que ce soit son propre nom ou qu'elle en portât un autre […] peu importe. Il reste, il est acquis que l'âme qui informait ces restes sacrés était une âme pure et sainte que l'Eglise a déclarée l'âme d'une vierge martyre. Cette âme a été si aimée de Dieu, si agréable à l'Esprit-Saint, qu'elle a obtenu les grâces les plus merveilleuses pour ceux qui eurent recours à son intercession… "

Saint Pie X, audience du 6 juin 1907.


Sainte Philomène, bref historique

I. Découverte du corps de sainte Philomène

C'était en mai 1802. A Rome, momentanément pacifiée, on venait de reprendre les fouilles commencées autrefois dans l'antique catacombe de sainte Priscille. Les travaux suivaient leur cours, lorsqu'un jour la pioche d'un ouvrier heurte une tombe. Aussitôt averti, Mgr Ludovici, gardien des reliques, fixe au 25 la cérémonie de l'ouverture. Il se rend, en effet, et examine. Bien simple, cette tombe. Trois tuiles en ferment l'entrée, sur lesquelles on lit : Pax tecum, Philumena. Paix à toi, Bien-aimée, car Philomène qui vient du grec, veut dire bien-aimée.

Autour de l'inscription, des symboles : une palme, trois flèches, une fleur et une ancre. Il est évident que la palme indique le triomphe du ciel, les flèches sont sans doute des instruments de supplice, la fleur est le signe de l'innocence et de la jeunesse, l'ancre celui de l'espérance éternelle. Cette tombe est donc probablement la tombe d'une sainte martyre.

Effectivement, après quelques instants de recherche, apparaît, noyée dans le ciment, la petite fiole de sang que les chrétiens prenaient dès ce temps l'habitude de joindre aux tombes des martyrs. Alors, d'une main respectueuse, le préfet enlève la cloison légère, et l'on se trouve en présence d'un corps que les hommes de l'art déclarent être celui d'une jeune fille de douze à quinze ans. Les humbles ossements sont immédiatement rassemblés, et transportés pieusement au Trésor des reliques. Ni le vénérable prélat, ni les témoins de la scène ne pensaient, en retournant à Rome, leur précieux fardeau dans les bras, qu'ils portaient l'une des plus glorieuses thaumaturges de l'Eglise. L'endroit où l'on venait de découvrir étant la plus ancienne partie de toute la catacombe de sainte Pricille, sainte Philomène, c'est aujourd'hui démontré, appartient à l'âge voisin du siècle apostolique, c'est-à-dire, au plus tard, à l'an 150 de l'ère chrétienne. Il y avait, par conséquent, dix-sept cents ans que ce frêle corps dormait sous sa couche humide, dix-sept cents ans que Dieu attendait le coup de pioche d'un fossoyeur pour faire jaillir de ce tombeau la grâce et le prodige.

II. Translation des reliques à Mugnano

Le sommeil dure pourtant trois années encore. Jusqu'en 1805, les restes de la jeune martyre résident sans honneurs au Trésor des reliques, attendant toujours l'heure de Dieu. Mais en cette année, un saint prêtre de Mugnano, aux environs de Naples, se rendit à Rome, à la suite de l'évêque de Potenza, dans le dessein d'obtenir pour son église un des corps saints trouvés aux catacombes. Ce prêtre se nommait Don François de Lucia.

Introduit, pour faire son choix, dans le Trésor des reliques, ses yeux rencontrent, sur un reliquaire, le doux nom de la sainte enfant, et aussitôt, il se sent pris d'un désir extrême de la posséder. On promet, puis on refuse ; il insiste, enfin on cède, mais il fallut les instances de puissants protecteurs. Le reliquaire est donc remis aux mains du dévot pèlerin qui l'emporte avec l'ardeur jalouse de celui qui, suivant l'expression du psalmiste, a trouvé d'opulentes dépouilles.

Partis à la fin de juin 1805, l'évêque de Potenza et Don François de Lucia suivaient à petites journées la route de Rome à Naples. Le 2 juillet, on entrait dans Naples où les voyageurs avaient des amis et des affaires. Il fallut placer le reliquaire en un lieu digne et sûr. On choisit la chapelle particulière de Don Antoine Terrès, libraire en renom. C'est là que sainte Philomène reçut les premiers honneurs.

On rangea d'abord, selon la vieille coutume italienne, les ossements chacun à sa place, dans un figuré, revêtu d'une robe blanche et d'un manteau de pourpre ; puis le tout fut enfermé dans une châsse transparente, scellée du sceau épiscopal. Aussitôt commença la vénération publique. Mais la chapelle de Terrès devint promptement trop étroite. Il fallut transporter le reliquaire dans une église voisine où, trois jours durant, il resta exposé. Il y eut un immense concours, mais on ne signala aucun miracle. Chose mystérieuse, dès que le corps rentra dans le petit oratoire d'où on l'avait tiré, les prodiges commencèrent. Le premier fut en faveur de ses pieux gardiens. La femme de Terrès fut guérie radicalement d'une maladie réputée incurable dont elle souffrait depuis douze ans. Un avocat, Michel Ulpicella, en proie depuis six mois à une sciatique rebelle à tout remède, n'eut qu'à se faire transporter dans la chapelle pour recouvrer immédiatement la santé. Une noble dame, affligée d'un ulcère cancéreux, mit, le soir, sur sa plaie, une relique de la Sainte ; le lendemain matin, un chirurgien qui venait faire l'amputation, trouva la gangrène entièrement disparue.

Cependant deux hommes robustes étaient arrivés de Mugnano à Naples pour le transport du reliquaire : ils disaient avec quelle impatience leurs compatriotes attendaient le trésor annoncé. Don François décida qu'on partirait au plus tôt.

Le samedi soir, 9 août, le cortège se mettait en marche. On devait cheminer la nuit pour éviter les ardeurs du soleil, terrible dans ces contrées durant la canicule. Pendant ce temps, Mugnano se préparait. Les cloches avaient annoncé dès la veille l'événement du lendemain. On se groupait dans les rues pour partir ensemble dès qu'on annoncerait l'approche des pieux voyageurs. Enfin, au point du jour, un messager, détaché du groupe par Don François, apparaît à l'entrée de la ville et dit : Voilà la Sainte! -Voilà la Sainte ! crie-t-on de toutes parts. Et vite on va réveiller les cloches qui transmettent au loin la nouvelle. En un instant, une procession immense est formée : les deux confréries sont là, bannières au vent, musique en tête ; plus de quarante prêtres, revêtus des plus riches ornements ; et puis toute la ville en habits de fêtes ; on vient même des villages voisins ; une troupe de musiciens qui passaient par là ne veut pas continuer sa route sans avoir exécuté ses plus beaux morceaux. Et quand les reliques apparaissent, alors l'enthousiasme est à son comble : les rangs s'ouvrent, les chants éclatent, interrompus par des acclamations, des fanfares, des décharges d'armes à feu. On prie, on crie, on pleure ; il faut deux heures pour atteindre l'église depuis l'entrée de la ville. On arrive enfin. Le reliquaire est placé sous un dais triomphal auprès de l'autel, du côté de l'Evangile. Maintenant la Sainte est bien chez elle, là où Dieu la voulait. L'église qui va la garder s'appelle déjà l'Eglise des Grâces. Elle n'aura jamais mieux porté son nom qu'à partir du jour béni où elle a vu entrer sainte Philomène.


III. Premier anniversaire

Il y avait à Mugnano un nommé Angel Bianco qu'une goutte cruelle retenait au lit depuis plusieurs mois. En entendant, la nuit qui précéda l'entrée du reliquaire, les cloches sonner pour éveiller la ville, il se mit à prier de toute son âme, et au matin sa foi était si vive qu'il s'élança tout malade hors de son lit pour aller voir la Sainte. O prodige ! au bout de quelques pas encore, et il est guéri ! Son apparition à l'église fut saluée par tous ceux qui le savaient impotent, et puis par la foule entière. C'est par lui que sainte Philomène commençait à Mugnano la série de ses miraculeux bienfaits.
La suite ne se fit pas attendre. Le dimanche suivant, une veuve de Mercogliano avait apporté à la messe son fils unique, estropié de naissance, absolument perclus. Au moment de l'élévation, la pauvre femme s'abîmait dans la prière, lorsqu'elle sentit l'enfant, assis à côté d'elle, se lever et partir. Elle regarde ; son fils, complètement guéri, marchait d'un pas ferme vers le reliquaire. Un grand cri : Miracle ! s'échappe malgré elle de sa poitrine. Miracle! répète la foule subitement transportée. Aussitôt les cloches sont mises en branle, on pleure de joie, on acclame la Sainte, et, la messe à peine finie, l'enfant est reconduit en triomphe au son des fifres et des tambours, qui, dans ce pays-là, sont de toutes les fêtes. L'après-midi, un grand orateur parlait en chaire sur cet évènement. Voilà qu'en l'écoutant, une femme de l'auditoire a subitement la pensée que sa fillette de deux ans, aveugle, recouvrera la vue si elle baigne ses pauvres yeux obscurs avec l'huile d'une lampe allumée devant la Sainte. Et prise d'impatience, sans attendre la fin du discours, elle se lève, traverse la foule malgré les réclamations des assistants, et parvient à la lampe. Elle humecte les yeux de l'enfant qui est subitement guérie. On l'a vue, un tumulte enthousiaste éclate, l'orateur n'a plus qu'à s'interrompre et à s'en aller : le plus beau commentaire d'un miracle n'est-ce pas un miracle nouveau ? Un prêtre monte à sa place, tenant dans ses bras l'heureuse enfant que la foule applaudit.

La source des prodiges est ouverte, et ne doit plus tarir. On ne s'attend pas sans doute à ce que nous racontions même les principaux faits ; il faudrait un grand volume. Qu'on songe que sainte Philomène s'est élevée presque d'un coup au rang des plus illustres thaumaturges de l'Eglise. Et encore n'est-il question que des miracles publiés. Combien de grâces secrètes, faveurs spirituelles, conversions, consolations, joies dans les épreuves, force dans la lutte, illuminations soudaines, élans généreux ! C'est là surtout, il n'en faut pas douter, dans ce monde invisible des âmes, que sainte Philomène a opéré le plus beau de son oeuvre terrestre.

Heureux peuple qui oubliait auprès d'un reliquaire la révolution dont son territoire était le théâtre ! On sait, en effet, qu'en 1799, le général Championnet entrait à Naples et mettait le vieux royaume en république. Naturellement, depuis lors, la domination française était bien plus subie qu'acceptée, et l'armée d'occupation devait se tenir constamment en garde contre les surprises. Dans ces circonstances arriva le 10 août 1806, premier anniversaire de la translation de sainte Philomène. Tout était prêt à Mugnano pour renouveler la fête de l'année précédente. Au loin, de tous côtés, les pèlerins arrivaient en foule, quand soudain la nouvelle se répand que la solennité est interdite, et qu'un escadron de cavaliers français accourt pour l'empêcher. Le général en chef craignait que sous ce pèlerinage se cachât un complot. La déception fut immense, elle prit le caractère d'une telle douleur que le commandant militaire, voyant combien ces bonnes gens étaient inoffensifs, rapporta la défense. Bien plus, il voulut que sa troupe prît part à la grande procession du soir. Une partie faisait la haie, l'autre composait l'escorte d'honneur. La musique militaire alternait avec celle de la ville. L'éclat des armes et des uniformes, la fière allure de ces braves qui avaient parcouru l'Europe en vainqueurs, l'enthousiasme surexcité du peuple donnèrent à cet anniversaire un cachet étrange et imprévu qui en doubla l'attrait.


IV. Rome consacre le culte public de sainte Philomène

Depuis vingt ans, on publiait les miracles de sainte Philomène. Les populations assiégeaient son autel. Prêtres, religieux, prélats, évêques, orateurs, écrivains, la proclamaient grande Thaumaturge, les missionnaires portaient son nom jusqu'au fond de l'Orient. Rome n'avait encore rien dit.

Don François de Lucia achevait d'écrire un volume plein de détails sur l'histoire prodigieuse qui se déroulait à Mugnano ; Mgr Ludovici, le prélat qui avait présidé, en 1802, à la découverte des précieuses reliques, voulut présenter lui-même l'ouvrage à Léon XII. Le vicaire de Jésus-Christ, l'ayant parcouru, fit, dans sa réponse, un éloge complet de celle qu'il n'hésitait plus à nommer la grande Sainte. Assurément ce titre n'avait rien d'exagéré : sainte Philomène s'était vraiment montrée une grande Sainte. Pourtant ce simple mot tombé des lèvres du Pontife provoqua, dès qu'on le sut, un redoublement de ferveur.

Sainte Philomène y répondit par un redoublement de miracles. A Rome même, sous les yeux du Pape, elle guérit une religieuse dont on n'attendait plus que le dernier soupir. L'évêque de Népi et Sutri, Mgr Anselme Basilici, son dévôt serviteur, possédait un de ses ossements. Voulant faire des heureux, il travaillait un jour à enfermer de petites parcelles de cet ossement dans des reliquaires pour en distribuer à ses diocésains, lorsqu'il s'aperçoit, lui et ses aides, que la provision ne diminue nullement, et que, malgré cent trente emprunts, elle est toujours aussi considérable. Une nouvelle distribution n'a pas plus d'effet. Emerveillé, l'évêque en tente une troisième, avec des soins plus minutieux encore ; on n'en peut plus douter, ce sont les reliques qui se multiplient miraculeusement. Selon la parole de l'Ecclésiaste, ses ossements croissaient jusque dans la tombe.

A la même époque, eut lieu la guérison de Mlle Pauline Jaricot, l'illustre Lyonnaise dont nous parlons plus loin.

Il est évident que Rome ne pouvait plus, sans contrister les âmes, maintenir sa traditionnelle réserve. Un décret de Grégoire XVI, daté du 30 janvier 1837, instituait une fête spéciale en l'honneur de sainte Philomène, avec une Leçon propre introduite dans le Bréviaire. La bienheureuse enfant est la seule parmi les saints sortis des catacombes à laquelle on ait fait cet honneur.

A dater de ce jour, les Souverains Pontifes n'ont plus ménagé leurs faveurs aux serviteurs de sainte Philomène. Ne vit-on pas en 1849, pendant la tourmente révolutionnaire qui força Pie IX à se réfugier à Naples, auprès de Ferdinand II, le vénérable exilé arriver tout exprès à Mugnano pour porter à l'innocente martyre l'hommage de son coeur meurtri par l'ingratitude de ses sujets ? Comme pour reconnaître la grandeur du personnage qui venait à elle, l'aimable Vierge guérissait dans le même temps un enfant affreusement malade. Délicatesse réciproque, le Pontife adopta aussitôt le jeune miraculé, et il ordonna qu'on le placerait, à ses frais, au séminaire de Bénévent.
Grégoire XVI avait institué une fête en l'honneur de sainte Philomène : Pie IX décida que, pour cette fête, un office tout spécial serait composé. Ceux qui connaissent les traditions de l'Eglise savent bien que cet hommage est un des plus éclatants qu'elle puisse rendre aux élus. "Non seulement, dit la cinquième leçon de Matines, de saints prélats et des ecclésiastiques de grand nom, mais encore des rois, des princes et d'autres fidèles illustres par leur piété et leur noblesse sont venus de lointaines contrées vénérer son tombeau, la remercier de ses bienfaits, comme l'attestent tant de vases d'or et d'argent, de rubis et de pierres précieuses, monuments de leur piété."


V. Sainte Philomène en France

On pense bien que pendant tous ces événements le nom de sainte Philomène avait passé les Alpes et pénétré en France. Tant de gloire devait retentir dans ce pays si avide d'émotions religieuses. La sainte enfant était donc invoquée, ici, là, un peu de tous les côtés.

Mais l'évènement qui donna un retentissement extraordinaire à la renommée de sainte Philomène, ce fut la guérison de l'illustre Lyonnaise Marie-Pauline Jaricot, une des plus belles âmes de notre temps. Elle ressemble à sainte Thérèse. Ardente, passionnée, généreuse, d'une rare culture intellectuelle, étant jeune fille, Pauline-Marie éprouva, comme la sainte à laquelle nous venons de la comparer, un de ces vertiges du monde qui ravissent tant de jeunes personnes à la vie chrétienne. La crise se dénoua par un sacrifice total de l'héroïque enfant à Dieu.

Elle se voua dès lors aux oeuvres de piété et de zèle et devint fondatrice de la Propagation de la Foi et du Rosaire-Vivant. Mais voilà qu'une violente maladie de coeur se déclare, et le moment vint où l'on crut qu'elle n'y résisterait pas. Les Frères de Saint-Jean-de-Dieu lui avaient fait connaître sainte Philomène et ses miracles dans l'oeuvre de leur rentrée en France. Malgré son état qui obligeait, pour la changer de place, de la transporter assise dans un fauteuil, Mlle Jaricot voulut entreprendre le pèlerinage de Mugnano.

Sa réputation l'avait précédée à Rome. Elle fut reçue avec honneur au Sacré-Coeur de la Trinité-du-Mont, et le Pape Grégoire XVI s'y rendit pour la voir. Frappé de son état, le doux Pontife n'hésita pas à lui demander de prier pour lui, dès qu'elle serait au Ciel.
- Oui, Très Saint Père, je vous le promets, répondit Pauline, mais si, à mon retour de Mugnano, j'allais à pied au Vatican, Votre Sainteté daignerait-elle procéder sans retard à l'examen définitif de la cause de sainte Philomène ?
- Oh oui, ma fille, car alors il y aurait miracle de premier ordre, répliqua Grégoire XVI. Puis se retournant vers la Supérieure de la maison, il ajouta en italien pour que Pauline ne comprît pas : "Qu'elle est donc malade, notre fille ! nous ne la reverrons plus, elle ne reviendra pas." Pauline sourit ; la foi fortifiait son espérance.

Malgré l'ardeur néfaste du climat, la moribonde put arriver à Mugnano. C'était le 8 août 1835. Le surlendemain on célébrait la fête de la sainte Philomène. L'héroïque malade passa tout le jour devant les reliques, au milieu d'une foule immense attirée par la solennité. Bientôt la transformation s'opère. Une chaleur intense envahit la moribonde ; une joie étrange la pénètre ; plus de doute, c'est la guérison ; le miracle imploré vient de s'accomplir. Pauline l'a senti, mais craignant les transports du peuple, elle se fait porter encore, en présence de la consternation générale. Pourtant le lundi soir, 10 août, après la bénédiction et le départ de la foule, elle se hasarde et marche seule jusqu'à la porte, sans faire usage du grand fauteuil, son véhicule ordinaire. Quand le gardien de l'église la voit ainsi sur pied, stupéfait d'abord, convaincu ensuite, il jette des cris, fait mettre les cloches à la volée, et la bonne Pauline qui avait voulu se soustraire aux ovations populaires doit subir d'indescriptibles assauts. Elle se prête doucement à toutes les exigences, et l'on peut croire qu'à la fin rien ne manquait à la preuve expérimentale de sa guérison.

Le retour fut un triomphe pour sainte Philomène. Dans sa reconnaissance, Pauline avait installé sur sa chaise de poste l'insigne relique qu'elle avait obtenue, ainsi qu'une belle statue. On devine quelle curiosité d'abord, quelle dévotion ensuite s'éveillèrent partout sur son passage. A chaque relais, c'étaient des acclamations et comme des cérémonies improvisées en plein air autour des voyageuses.

Naturellement, Pauline voulut revoir Grégoire XVI, qui peut-être à ce moment la croyait morte. Quand le Pontife la revit devant lui, pleine de force et de santé, il ne put maîtriser son émotion :
- Est-ce bien ma chère fille ? s'écria-t-il. Revient-elle de la tombe, ou Dieu a-t-il manifesté en sa faveur la puissance de la Vierge martyre ? Et il faisait marcher Pauline dans les immenses salles du Vatican : "Encore, encore plus vite ! disait-il. Je veux être sûr de n'avoir pas sous les yeux une apparition de l'autre monde."

L'auguste vieillard combla Pauline de privilèges et la retint à Rome une année entière. D'autre part, il donna aussitôt l'ordre d'instruire canoniquement la cause de sainte Philomène.

Rentrée en France, Mlle Jaricot fit élever dans sa propriété de Fourvières une chapelle en l'honneur de sa bienfaitrice. L'image et les reliques qu'elle avait rapportées du triomphe de Mugnano y furent placées. Voilà le premier sanctuaire public établi en France en l'honneur de la Bienheureuse. Les ex-voto couvrent ses murs.

La noble femme consacra ensuite toute sa fortune à la régénération de la classe ouvrière, devinant en cela, par cette clairvoyance surhumaine que Dieu donne aux Saints, le besoin capital de l'heure présente.


VI. Sainte Philomène et le Curé d'Ars

Tous ceux qui abordèrent la miraculée durent entendre les louanges de sa Bienfaitrice et subir l'action que sa parole convaincue ne pouvait manquer de produire.

Or, parmi les visiteurs de Mlle Jaricot, se trouvait un humble prêtre du diocèse de Belley. Sa paroisse, une des plus misérables de la région, était au nombre de celles que Paul ne secourait, et l'homme de Dieu venait de temps à autre tendre la main pour ses pauvres. Quelle que fût l'humilité du prêtre, il n'avait point passé inaperçu dans la foule de ceux qui puisaient aux mains constamment ouvertes de la riche Lyonnaise (les belles âmes se révèlent toujours), car elle lui conserva comme à un privilégié une relique de sainte Philomène. "Monsieur le Curé, dit-elle en la lui remettant, ayez grande confiance en cette Sainte ; elle vous obtiendra tout ce que vous lui demanderez".

Ce prêtre était le curé d'Ars, la grande figure sacerdotale de ce siècle !

Que se passa-t-il aussitôt dans l'âme du saint ? Dieu seul le sait, mais à dater de ce jour, le Prêtre et la Vierge ne se quittèrent plus. Lui, parlait constamment d'elle avec une tendresse inspirée, et elle faisait avec une docilité d'enfant tout ce qu'il voulait. Quelque faveur qu'on lui demandât en son nom, elle l'accordait. Ne se crut-il pas un jour obligé de modérer sa complaisance ? oh ! non pas qu'il eût l'idée de diminuer ses grâces, mais il trouvait que tant de miracles faisaient trop parler de lui.

Heureusement la petite Sainte ne l'écouta guère, et non seulement elle continua ses prodiges, mais encore elle voulut en faire un pour lui-même. C'était en 1843. A force de se priver de tout, de nourriture, et de feu, le saint homme avait gagné une fluxion de poitrine. Il était très mal, on venait de lui administrer les derniers sacrements, et l'on n'attendait plus que le dénouement fatal, lorsque tout à coup, pendant qu'une messe se disait pour lui à Sainte Philomène, on le voit s'endormir doucement, puis bientôt se réveiller absolument guéri. "C'est une opinion générale, dit M. Monnin, son historien, que sainte Philomène lui était apparue, et lui avait dit des choses qui ont fait, jusqu'au terme de sa longue vie, la consolation du saint prêtre." Durant ce sommeil mystérieux, on l'entendait murmurer plusieurs fois le nom de sa douce protectrice. Un tableau placé dans la belle chapelle de la Sainte, à Ars, perpétue le souvenir de cette miraculeuse guérison.
L'effet naturel de cette faveur fut de resserrer encore l'union du saint prêtre et de l'aimable enfant. "Leurs coeurs allèrent toujours s'unissant de plus en plus, dit son biographe, au point qu'il y avait entre eux dans ces dernières années, on le sait par des confidences réitérées, un commerce immédiat et direct, et, dès lors, le saint vivant eut avec la bienheureuse, la familiarité la plus douce et la plus intime. C'était d'une part une perpétuelle invocation, de l'autre une assistance sensible, une sorte de présence réelle."

A combien d'âmes le saint Curé a-t-il fait partager son amour ? A des millions sans doute, car on sait que pendant vingt-cinq ans l'église d'Ars n'a pas désempli, et personne n'y est entré sans entendre le doux vieillard parler de sa petite Sainte. Sans quitter son village, il a couvert la France de sanctuaires en son honneur. On lui envoyait de tous côtés des statues à bénir, pour lui montrer que c'était à lui qu'on devait de la connaître. En 1859, l'année de sa mort, on peut bien dire qu'il avait mis la France aux pieds de sainte Philomène.

Extraits du "Messager Canadien du Sacré-Coeur", vol. V, août et septembre 1896.


Prières

Illustre vierge et martyre, bienheureuse Sainte Philomène, dont le nom et les miracles sont connus jusqu'aux extrémités du monde, soyez sensible à ma confiance en votre intercession, et au désir que j'ai de voir votre culte s'étendre dans tout l'univers. Glorieuse vierge et martyre, je me réjouis avec vous de la puissance que le Seigneur vous a donnée, pour la gloire de son nom et pour l'édification de son Église. J'aime à vous voir si pure, si généreuse, si fidèle à Jésus, si élevée dans la gloire.
Attirée par vos exemples à la pratique de la vertu, plein d'espoir à la vue des récompenses accordées à vos mérites, je veux fuir le péché, et accomplir tout ce que Dieu me commande. Aidez-moi, grande Sainte, à obtenir une pureté à jamais inviolable, une générosité qui ne se refuse pour l'amour de Dieu à aucun sacrifice, un dévouement sans bornes la foi catholique, et . . . (nommez la faveur spéciale que vous désirez). Ce Dieu si bon pour lequel vous avez donné votre sang et votre vie, ce Dieu qui m'a tant aimé, ne refusera rien à vos prières.
Ainsi soit-il.


Je vous salue, ô innocente Philomène qui, par l'amour de Jésus, avez conservé dans tout son éclat le lis de la virginité. Je vous salue, ô illustre Philomène, qui avez répandu si courageusement votre sang pour Jésus-Christ.
Je bénis le Seigneur pour toutes les grâces qu'Il vous a accordées pendant votre vie, et tout spécialement à l'heure de votre mort. Je Le loue et Le glorifie pour l'honneur et la puissance avec lesquels Il vous a couronnée, et je vous supplie d'obtenir pour moi auprès de Dieu les grâces que je demande par votre intercession.
Sainte Philomène, fille bien-aimée de Jésus et de Marie, priez pour nous qui avons recours à vous. Ainsi soit-il.



Bibliographie

NB : cette liste n'est pas exhaustive : la nomenclature des ouvrages consacrés à Sainte Philomène couvre deux colonnes du Dictionnaire d'Archéologie chrétienne et de Liturgie !

Jean-François Barelli
La Thaumaturge du XIXe siècle, ou sainte Philomène, vierge et martyre
Nouvelle édition, corrigée et augmentée de prières et de cantiques
Lyon, Pélagaud, 1865.

Jean Darche
Vie très complète de sainte Philomène vierge et martyre
Paris, Régis Ruffet, 1867.
Vie nouvelle du vénérable curé d'Ars et de Sainte Philomène, vierge et martyre
Paris, Victor Palmé, 1870.

Collectif
Vie de Sainte-Philomène, vierge et martyre ou la sainte thaumaturge du XIX° siècle
Eugène Ardant et Cie., s.d. (fin XIX°)

Mgr Francis Trochu
La petite Sainte du Curé d'Ars. Sainte Philomène, vierge et martyre
Lyon-Paris, Librairie Catholique Emmanuel Vitte, 1924.

R.P. Paul O'Sullivan, o.p.
Sainte Philomène, "la chère petite Sainte du curé d'Ars"
Outremont, Editions Leparex, 2001.

dimanche 19 avril 2009

GOIGS en l'honneur du bienheureux patriarche SAINT FRANCOIS DE PAULE

AU PROTECTEUR DE LA CITE DE CANET

Grand flambeau d'humilité
François que Paule a vu naître
Favori du divin Maître
Beau soleil de charité

Né contre toute espérance
Par un miracle nouveau,
On ne vit rien de si beau
Que votre plus tendre enfance;
Parfait dans la piété,
Plus qu'un enfant le pût être;
Favori du divin Maître
Beau soleil de charité

Assemblée Générale Constitutive

Les mesures de publicité ayant été remplies notamment par annonce publique, à plusieurs reprises depuis un mois,
l'Assemblée Générale Constitutive en vue de la création de l'association dite confrérie de Saint François de Paule de Canet en Roussillon s'est tenue le dimanche in albis, 19 avril 2009, dans l'église St Jacques de Canet Village, chapelle St François de Paule à 10h30.
Elle a été précédée d'une présentation historique du rôle de St François de Paule pour la ville de Canet, de l'objet et des moyens de la confrérie à fonder.

Ceux du public qui ont manifesté leur volonté d'adhérer et de constituer cette confrérie étaient: François Jonquere (représenté), Danielle Pujol, Desiré Gnanou, Georgette Gnanou, Jacqueline Abizana, Serge Alberny, André Godin, Claude Godin, Marie-José Botquin, Veronique Beziat, Jacques Lintermann, Eric Brutus.

L'Assemblée Générale ainsi formée a approuvé les statuts à l'unanimité après que lecture publique en ait été faite et débats menés.
Les personnes dont la liste nominative figure plus haut sont élues membres du Conseil d'Administration et ont décidé la tenue immédiate de la première réunion du Conseil.

Le Conseil d'Administration a élu un bureau composé comme suit:
Président: François Jonquere
Secrétaire: Marie-José Botquin
Trésorier: Eric Brutus
ainsi que deux assistants:
Secrétaire-adjoint: Danielle Pujol
Trésorier-adjoint: Serge Alberny

Le Conseil d'Administration a fixé le montant de la cotisation annuelle pour 2009 à 12 euros et décidé de calquer l'exercice comptable de l'association sur l'exercice civil.

L'Assemblée Générale Constitutive ayant épuisé l'ordre du jour, la séance fut levée à 11h10 et il en fût de meme pour la réunion du Conseil d'Administration, après avoir rendu grâces à Dieu.


jeudi 16 avril 2009

Les statuts de l'association

STATUTS de l’Association dite

  «  Confrérie de Saint – François de Paule de Canet en Roussillon »

 

Article 1   Il est constitué à Canet en Roussillon (Pyrénées – Orientales) une association régie par la Loi du 1er juillet 1901 et le décret du 16 août 1901 dénommée :

       « Confraria San Francesc de Paula de Canet de Rosello».

Son siège social est : Presbytère de Canet en Roussillon, rue de l’Hôtel de Ville, 66 140 Canet en Roussillon  et sa durée illimitée.

 

Article 2   Le but de cette association est de renouveler chaque année le vœu de la ville de Canet en Roussillon fait à Saint François de Paule afin de perpétuer une tradition ancienne et propre à la ville de Canet.

 

Article 3  Les moyens préconisés à cette fin sont principalement l’organisation d’une procession dans les rues du vieux Canet ainsi que la participation à la cérémonie religieuse suivante.

D’autres manifestations pourront être organisées par la Confrérie comme les processions du Vendredi Saint ou encore celle de la Saint Jacques, sans que cette liste puisse être considérée comme limitative.

L’Association sera, notamment, en relation avec les « Amis du Vieux Canet », l’association « Geoffroy de Beaulieu », L’Archiconfrérie de la Sanch ou toute autre association ou organisation pouvant faciliter la tenue d’une pareille manifestation.

 

Article 4  L’association est composée de membres d’honneur, Monseigneur l’Evêque de Perpignan et d’Elne, le curé de Canet en Roussillon, le premier magistrat de Canet en Roussillon, et de membres actifs acquittant une cotisation annuelle,  dont le montant sera fixé par ce même conseil d’administration.

 

Article 5   L’association est administrée par un conseil d’administration qui élira un bureau comportant un Président, un trésorier et un secrétaire. Ils sont élus pour un an et rééligibles.

 Le bureau prépare et applique les décisions du Conseil d’Administration.

 

Article 6  Le Conseil d’Administration se réunit, au moins, deux fois par an. Il est convoqué par le Président. Il délibère quelque soit le nombre des membres présents ou représentés. Il est tenu procès – verbal des séances. Les procès – verbaux sont signés par le Président et le Secrétaire et transcrits sur un registre.

 

Article 7   Le Président représente l’association vis – à – vis de l’autorité publique et des tiers. Il peut déléguer ses pouvoirs. Il représente l’association en justice et dans tous les actes de la vie civile.

 

Article 8   Le Trésorier est chargé de recevoir les cotisations et les subventions. Il contrôle la régularité des dépenses et des comptes. Il prépare les budgets et les bilans à soumettre au Conseil d’Administration et à l’Assemblée Générale. Il peut se faire assister d’un trésorier – adjoint.

 

Article 9   Les ressources de l’association se composent : des cotisations et des souscriptions de ses membres ; des subventions de l’Etat, des collectivités locales (Département & Commune de Canet en Roussillon) ; des dons et libéralités conformément à la loi.

Diverses publications ou autres manifestations pourront assurer un financement des différentes processions que la Confrérie organisera.

 

Article 10  Seules les ressources de l’association peuvent être engagées à la suite d’une responsabilité encourue par elle. Tout incident survenu lors des diverses processions sera, notamment, sous la responsabilité de la municipalité de Canet en Roussillon.

Aucun des membres ne peut être tenu pour personnellement responsable des engagements contractés par l’association.

 

Article 11   L’association proposera à la municipalité de Canet en Roussillon un programme d’entretien et de rénovation des statues et autres emblèmes retenus pour la Procession.

La municipalité sera libre de confier ces travaux aux personnes de son choix, lesdites personnes devant être agréées par les monuments historiques.

 

Article 12   La dissolution de l’association ainsi que la modification des statuts ne peuvent être décidées que par une assemblée générale extraordinaire convoquée à cet effet. Celle – ci peut – être convoquée à toute époque, sur la demande écrite de la majorité des membres du conseil d’administration. Elle doit être au moins composée de  la moitié de ses membres et ses délibérations sont prises à la majorité des membres présents ou représentés en vertu d’un pouvoir dûment rempli.

 

Article 13  L’association peut, si la majorité du conseil d’administration le juge utile, s’affilier à une organisation poursuivant les mêmes buts.

 

Article 14    En cas de dissolution, l’assemblée générale extraordinaire qui prononcera cette mesure nommera ses liquidateurs et établira les modalités d’application de cette mesure.

 

Article 15   En cas de dissolution, les objets cédés à l’association ou acquis par elle                 (meubles, livres, documents divers) seront remis à l’Association diocésaine de Canet en Roussillon.

 

Article 16   Le conseil d’administration élaborera un règlement intérieur qui sera soumis à l’approbation d’une assemblée générale.

 

Article 17   Les présents statuts ne pourront être modifiés  que par un vote de l’assemblée générale extraordinaire, réunie conformément aux prescriptions de l’article 12 des présents statuts.

 

 

                                   Le Président                                 Le Trésorier                      Le Secrétaire

lundi 6 avril 2009

Biographie de Saint François de Paule

Feté le 2 avril


Le 27 mars 1416, dans la petite ville de Paola qui appartient au duché de Calabre, dans le royaume de Naples, tandis que Viane de Fuscaldo, femme de Jacques Martotille, est en train d’accoucher, des gens aperçoivent sa maison environnée de flammes, comme une auréole de feu, et ils entendent des musiques surnaturelles. Les oracles prédisent que ce nouveau-né étonnerait la chrétienté. Viane et Jacques qui, habillés de bure, sans linge ni chaussures, mènent une vie sainte et mortifiée, ont une dévotion si particulière pour saint François d'Assise, qu’ils mettent leur fils sous sa protection en lui donnant son prénom.

Des signes remarquables.

Quelques mois après sa naissance, comme François a un œil envahi d’une tumeur et manque de perdre la vue, sa mère promet à Dieu que, si son fils guérit, elle le consacrerait toute une année à son service. A douze ans, François est confié pour un an aux Cordeliers de Notre-Dame de Saint-Marc (Cosenza) qui sont charmés par sa modestie, son zèle et sa piété. A la fin de l'année, Jacques et Viane reprennent leur fils qu’ils emmènent en pèlerinage à Assise, à Rome et au mont Cassin. C'est pendant ce pèlerinage que François prend la résolution de se retirer du monde.
A quatorze ans, avec l’approbation de ses parents, François s’installe à quelques lieues de Paola, dans un de leurs domaines qu'on appelle le Patrimoine. Pendant six ans, il vit dans le désert, couchant à dans une caverne, se nourrissant d'herbes et buvant l'eau des sources, disant, comme saint Jérôme, que les villes lui étaient des prisons et la solitude un paradis de délices. Bientôt, la précoce sainteté de cette existence émerveille les alentours : des disciples viennent se présenter à lui et le supplient de les garder à ses côtés. François comprend que la Providence lui marque le devoir de ne pas éloigner ceux qui viennent à lui et il conçoit l'idée de leur donner une règle de vie commune. En 1435, avec ses douze premiers compagnons, François Martotille construit son premier couvent qu’il consacre à Notre-Dame-des-Anges. Ces nouveaux religieux qui se font appeler les ermites de saint François d'Assise, reçoivent, en 1471, l'exemption de Pirro Caracciolo, archevêque de Cosenza, que ratifie Sixte IV, en 1474, en les plaçant sous sa juridiction directe avec les privilèges des ordres mendiants.
Sa charité, déjà prodigue en bienfaits, s'enrichit peu à peu d'une puissance extraordinaire et sous sa bénédiction jaillissent les miracles : des aveugles voient, des lépreux sont purifiés, des déments recouvrent la raison ; toutes les tares, toutes les misères de l'humanité viennent à ses pieds implorer une aide surnaturelle, et sont guéries. On peut dire, écrit le Frère minime François Dondé, que les mains de ce bienheureux patriarche étaient un médicament souverain pour guérir toutes sortes de maladie et comme un céleste antidote pour prévenir et remédier aux accidents qui pourraient arriver. Il ressuscita sept morts dont l'un, Nicolas d'Alesso, était le fils de sa sœur Brigitte.
Dès lors, la célébrité de François Martotile se propage de ville en ville et la congrégation dont il était l'âme se développe chaque jour, au point que le couvent de Notre-Dame-des-Anges ne suffit plus à contenir les frères ermites. Tour à tour, d'autres maisons s'ouvrent (l'Annonciade à Paterne, la Très-Sainte-Trinité à Coriliane, Jésus et Marie à Cortone) que François dirige, après avoir participé à leur construction.
Les mémoires du temps nous apprennent que François, bien qu'il fût plus grand que la moyenne, semblait petit tant son corps se courbait sous le poids des mortifications. Il portait la barbe très longue : ses cheveux étaient blonds, son nez aquilin et un peu gros, ses yeux verts. Il allait toujours nu-pieds, vêtu d'une seule robe de bure, couchant sur le sol et se nourrissant à peine. Son corps était naturellement odoriférant, comme s'il eût été parfumé d'ambre gris ou de musc.
En 1481, revenant de Sicile où il avait fondé le couvent de Milazzo, François de Paule est appelé à la cour de Ferdinand I° de Naples qui, après l’avoir quelque peu inquiété, s'attache étroitement à lui.

A la cour du Roi de France

Louis XI qui régne depuis vingt ans sur la France, souffre cent misères : il est goutteux, congestif et harassé de continuelles fièvres ; il a des troubles digestifs, des crises de rein, d'affreux malaises de l'estomac et du foie. Ayant entendu parler des miraculeuses guérisons obtenues par François de Paule, il le fait mander à sa cour, pensant que le ciel ne résisterait pas à une pareille intercession. A la demande du roi de France, le roi Ferdinand de Naples transmet à François de Paule une invitation qui prenait les allures d'un ordre que le saint décline : Ma place est sur ce coin de terre où des couvents se fondent de jour en jour pour fortifier la congrégation dont Dieu m'a donné charge. Je n'ai que faire au royaume de France. Louis XI s'adresse au pape Sixte IV et François de Paule obéit aussitôt au Saint-Père. Avant de partir pour la France, il délégue l'un de ses religieux dans les fonctions de général de l'Ordre et en choisit deux autres pour l'accompagner, avec son neveu, André d'Alesso.
A petites journées, de Paola à Paterne, de Paterne à Coriliano, de Coriliano à Salerne, de Salerne à Castelmare, de Castelmare à Stibia, de Stibia à Naples, il vient se mettre à la disposition de Guynot de Bousières, maître d'hôtel de Louis XI, qui doit le conduire jusqu’au Roi.
François de Paule, qui a été chaleureusement accueilli à Rome par Sixte IV, s'embarque à Ostie sur un léger navire. Au milieu d'une tempête, le navire est attaqué par des pirates mais un coup de vent providentiel l’éloigne tout à coup de la galère ennemie les met bientôt hors d'atteinte. Ils ne peuvent débarquer ni à Marseille ni à Toulon dont les ports sont fermés parce que les villes sont ravagées par la peste. Bormes refuse de les laisser entrer mais François intervient et dit aux gardes : Dieu est avec nous, permettez-nous d'entrer. Un tel rayonnement émanait du saint homme que les gardes pressentent un secours providentiel et ouvrent toute grande la porte des remparts. François de Paule, fidèle à sa parole, va de maison en maison, de malade en malade, pose ses mains libératrices sur les corps décharnés et guérit autant de gens qu’il touche. La nouvelle de ses miracles se répand au-delà de Bormes et les habitants de Fréjus, frappés par la noire maladie, le supplient de venir jusqu'à eux. En reconnaissance de ces bienfaits, Fréjus fonde le couvent Notre-Dame-de-la-Pitié qui fut, sur la terre de France, l'un des premiers asiles des Frères minimes.
Dès que Louis XI qui a ordonné qu'on le reçoive comme si c'était notre Saint-Père, apprend l'arrivée de François de Paule dans son royaume, il ressent une satisfaction sans pareille : Je sens une telle joie, dit-il à son écuyer Jean Moreau, qui lui apporta la nouvelle, et une si grande consolation pour les approches de ce saint personnage que je ne sais si je suis au ciel ou en la terre, et pour cette nouvelle si agréable, demandez-moi telle récompense que vous voudrez. L'heureux messager sollicite un évêché pour son frère et dix mille écus d'or pour lui.
La petite troupe quitte Fréjus, traverse la Provence et le Dauphiné, entre à Lyon où François est reçu avec de grandes marques de respect et de dévotion : tous s'empressent autour de lui pour toucher sa robe. Par le Bourbonnais et l'Orléanais, on passe en Touraine où, près du château du Plessis-les-Tours, le Roi, accompagné des seigneurs de sa cour, vient à la rencontre saint François de Paule, se jette à ses pieds et implore ses bénédictions (24 avril 1482). Puis, tenant le saint par la main, il le conduit au logement préparé pour lui dans une aile du château, près de la chapelle de Saint-Mathias.
Les premières cajoleries passées, Louis XI juge que le moment est venu d'obtenir du saint homme les faveurs qu'il en escompte. Il le fait appeler auprès de lui, et, par le truchement de l'indispensable interprète, Ambroise Rombault, le Roi au corps terrassé par l'âge, mais à l'esprit bouillonnant de convoitises, humblement prosterné devant le villageois calabrais et lui dit, la voix pleine des angoisses de la mort : Saint homme, saint homme, empêche-moi de mourir ! François de Paule accueille les supplications royales avec une calme sérénité mais, pas un instant, il ne laisse au monarque le moindre espoir d'un miracle. Tout ce qu'il veut lui apporter, c'est le sentiment de la confiance en Dieu ; quand Louis XI parle d'éternelle guérison, François de Paule parle de la mort inévitable.
Louis XI n'insiste pas mais son espoir est brisé. Le soupçon l'envahit d’autant mieux que le médecin Coitier, craignant de trouver un rival, attise sa méfiance : Ce soi-disant saint homme est un fourbe, ce qu'il cherche, c'est à vous faire payer les miracles. Tentez-le avec de l'or, et vous verrez bien ! Louis XI qui, faute de mieux, trouve l'idée subtile, tend à François de Paule un bonnet rempli d'écus en disant : Acceptez cet argent, mon Père, il vous servira à construire à Rome un monastère. Le moine refuse et Louis XI, voyant en lui un homme de bonne foi, s'il ne le considére plus comme un sauveur, lui conserve son estime et sa confiance. Il lui accorde une pension de 300 livres et charge l'intendant Briçonnet de veiller à ses besoins ; souvent, il le fait venir ou va le trouver dans sa chambre pour causer avec lui. Comynes raconte, dans ses Mémoires : Je l'ai maintes fois ouï devant le roi, qui est de présent, où étaient tous les grands du royaume... Mais il semblait qu'il fut inspiré de Dieu des choses qu'il disait et remontrait, car autrement n'eut su parler de choses dont il parlait. Et le prudent chroniqueur d'ajouter : Il est encore vif par quoi se pourrait bien changer ou en mieux ou en pire et pour ce m'en tai. Malgré ces bons rapports, le roi, toujours à l'affût d'une trahison ou d'une supercherie, fait surveiller François de Paule jour et nuit. Pourtant, devant la pure simplicité de la vie du moine, Louis XI peut se convaincre que celui-ci n'est pas plus capable de ruse qu'il n'avait été - envers lui - capable de miracle... Et cependant c'est sur Louis XI peut-être que le saint accomplit le plus beau, le plus charitable de ses miracles.
Bien qu’il fut firmellement interdit de prononcer le cruel mot de la mort devant le Roi, François de Paule lui en parle et, en août 1483, lorsque Louis XI sent qu'il est perdu, le moine calabrais ne quitte plus le chevet du malade et lui fait accepter le parti de trépasser. Aux exhortations de saint François de Paul, Louis XI se résigne chrétiennement. L'âme inquiète, tortueuse, épouvantée, à laquelle le saint Calabrais ouvre tranquillement les chemins de l'au-delà, peu à peu, avec la certitude de la mort, trouve la confiance et la paix. Lucide jusqu'au dernier instant, le Roi prend lui-même ses ultimes dispositions : il remet les sceaux au Dauphin, appelle les Beaujeu pour leur confier le Royaume et son petit le roi. le 30 août, à 9 heures du soir, tandis que François de Paule récite la prière des agonisants, Louis XI murmure une dernière fois : Notre-Dame d'Embrun, ma bonne maîtresse, aidez-moi, puis il rend l’esprit.

Mourir en France

Charles VIII continue à François de Paule les bonnes grâces de son père, Anne de Beaujeu, régente du Royaume, le protége ouvertement et lui conserve son logement au château de Plessis-les-Tours. Sous le règne de Charles VIII, l'Ordre des Minimes prend un développement considérable : en 1489, le roi fait bâtir les couvents de Tours et d'Amboise qu’il dote de précieux privilèges ; A Rome, il donne aux Frères minimes la maison de la Très-Sainte-Trinité, sur la colline des Jardins ; la reine Anne de Bretagne fonde, à Chaillot, le couvent royal de Notre-Dame-de-Toutes-les-Grâces et un monastère à Gien.
Après la mort de Charles VIII, François de Paule, âgé de quatre-vingt-deux ans, veut retourner en Calabre pour revoir sa maison familiale, les arbres à l'ombre desquels il a tant prié, le premier couvent dont il a, de ses mains, posé les pierres sur les pierres. Louis XII y consent, mais, dit le Père Hilarion de Coste, dès que cette nouvelle fut sue à la cour, plusieurs princes et seigneurs, entre autres Georges d'Amboise, archevêque de Rouen, remontrèrent à Sa Majesté que l'absence d'un homme de vie si exemplaire, et si sainte, que l'es rois ses prédécesseurs avaient fait rechercher avec tant de soin, serait une grande perte pour la France, de sorte que ce Prince, qui était la bonté même, révoqua aussitôt le pouvoir qu'il lui avait donné de sortir de ce royaume pour se retirer en Calabre.
François de Paule renonce à son projet et le nouveau roi comble le chef des Minimes de faveurs.

L'ordre des minimes

L'Ordre se répand du royaume de Naples en Sicile, de Rome en France, en Espagne, où les religieux reçoivnt le nom de Pères de la Victoire, leur arrivée ayant coïncidé avec les succès remportés par Ferdinand V sur les Maures ; en Allemagne, où l'empereur Maximilien les accueille avec dévotion. C'est en 1493 que les règles de l'Ordre sont nettement établies par le saint. François de Paule rédige successivement quatre règles approuvées par Rome pour son Ordre (1493, 1501, 1502 et 1507), propose une règle pour les gens du monde qui veulent vivre selon son esprit, le tiers-ordre, (1501) et donne une règle pour des religieuses (1506) dont le premier couvent est fondé en Espagne.
La mortification nouvelle qu'elles apportent et qui, jusqu'alors, n'a jamais été imposée, consiste dans l'obligation de prononcer le vœu de jeûne perpétuel ou de la vie quadragésimale. Il est interdit aux Minimes non seulement de consommer de la viande, mais encore de manger quoi que ce soit provenant d'animaux. Les seuls aliments tolérés sont le pain, l'eau et l'huile. La règle exige aussi l'entière pauvreté, la robe noire taillée dans la plus grossière des laines ; les religieux ne doivent rompre un continuel silence que par le chant des offices divins et la confession publique de leurs fautes.

Admirable prédicateur vanté par Commynes, François de Paule toujours pauvre et austère, recherchant sans cesse la solitude pour prier, est, au dire de ses contemporains, humble et doux, suave et plein de bénignité, mais aussi ferme que patient.
Ayant établi des lois purifiantes, ayant autour de lui soulagé d'innombrables misères, tourné vers Dieu d'innombrables repentirs, François de Paule sent que l'heure de son repos va sonner. Il attend, avec une grande humilité, les approches, si belles pour lui, de la mort. Le dimanche des rameaux de l'an 1507, étant en son couvent de Plessis-lez-Tours, déjà épuisé par l'âge et par les mortifications, il est pris d'une petite fièvre perfide. Couché comme à l'ordinaire sur une planche, il réunit ses religieux pour leur faire part de ses ultimes recommandations. Cinq jours après, le vendredi saint, 2 avril 1507, vers 10 heures du matin, l'ancien ermite des forêts de Calabre, devenu, par la grâce de Dieu, le consolateur des rois et des indigents, expire dans la plus douce sérénité, en murmurant le verset du psaume : Seigneur, je remets mon esprit entre vos mains.

La gloire des autels

Jules II, en 1512, permet l’ouverture d’un procès apostolique en vue de la canonisation de François de Paule. Léon X qui, par le bref Illius, daté du 7 juillet 1513, avait autorisé son culte privé, le canonise, le 12 mai 1519, par la bulle Excelsus Dominus, la première canonisation de son pontificat, qui loue en saint François de Paule la force confondue par la faiblesse, la science qui enfle cédant à la simplicité qui édifie.

Le 2 avril 1745, à Paris, dans l’église des Minimes, Massillon prononça le panégyrique de saint François de Paule devant le chancelier d’Aguesseau et sa femme, Jeanne d’Ormesson, qui descendait de la sœur du saint, Brigitte d’Alesso.

Texte aimablement emprunté à http://www.missel.free/